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Zéfal, une histoire, un savoir-faire

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C’est à Jargeau, à une vingtaine de kilomètres d’Orléans dans le Loiret, que se situent aujourd’hui les locaux de l’entreprise Zéfal, spécialisée dans la fabrication d’accessoires pour vélo. Cette société familiale a connu des hauts et des bas, mais aujourd’hui la qualité de ses produits est reconnue dans le monde entier.

He u r e u s em e n t q u ’il y a quelques panneaux au milieu de la campagne orléanaise pour trouver les locaux de la société Zéfal au sein de la zone industrielle de Jargeau car, en découvrant les bâtiments, on n’imaginerait jamais la présence d’une usine. L’ancienne bâtisse est magnifique et finalement aujourd’hui assez peu utilisée, si ce n’est pour l’installation du showroom et un grenier dans lequel végètent des trésors cyclables. Il y aurait largement de quoi créer un musée tant au niveau de la place disponible qu’au niveau des objets à exposer.

POURQUOI ZEFAL ?

Zéfal est l’association de Zéphyr, la personnification du vent dans la mythologie Grecque, et du Duralumin (alliage d’aluminium) utilisé dans la fabrication de la première pompe Zéfal en 1934. Le nom de l’entreprise a changé plusieurs fois au cours de son histoire. Depuis 1998, l’entreprise a pris le nom de sa marque principale, Zéfal

Il était une fois…

Il faut dire que l’histoire de la société Zéfal ne remonte pas à 1998, date à laquelle elle adopte son nom définitif. Mais dans les faits, les prémices de la société remontent à 1880, année durant laquelle Etienne Sclaverand crée l’ancêtre de la valve Presta. Mais ce n’est qu’en 1900 qu’Edouard-Charles Morin, trisaïeul de Matthieu et Aurélien Brunet, les deux dirigeants actuels de la société, rachète la société Sclaverand avant de fusionner quelques années plus tard avec les établissements Poutrait, détenteurs du brevet des premiers cale-pieds mis au point par Eugène Christophe. Installée pendant de très nombreuses années en région parisienne, à Aubervilliers, la société Zéfal (alors connue sous le nom de Poutrait-Morin), installe une usine de fabrication à Jargeau. « A l’époque, la société réalisait des pièces pour l’armée et on a exigé qu’elle s’installe au sud de la Loire », raconte Aurélien Brunet. « Et Jargeau était ce qu’il y avait de plus près de Paris au sud de la Loire » poursuit le directeur de l’entreprise. C’est ainsi qu’en 1938, la société s’installe pour partie dans le Loiret, destination qui deviendra définitive pour l’ensemble des activités en 1998.

C’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleurs produits…

Avec une telle histoire, on comprend mieux pourquoi quelques trésors se cachent dans les locaux de l’entreprise. On y trouve des exemplaires des toutes premières pompes usinées par la société, mais aussi de sonnettes, des cale-pieds, sans oublier quelques vélos du 19e siècle, des pièces rares. Mais ces dernières ne se trouvent pas que dans le showroom de l’entreprise ou dans le grenier. On trouve également des “antiquités” dans l’usine de production avec des machines de près de 100 ans. « On les bichonne » raconte Roland le chef de l’usine « et parfois cela prend du temps car ce sont des vieilles dames capricieuses comme cette machine qui cintre des fils d’acier pour produire des porte bidons ou encore la presse métallique. » Pourtant, même si la modernité est bel et bien présente au sein de l’usine avec des machines hi-tech pour la fabrication des bidons par exemple, on perçoit une certaine fierté chez ceux qui ont la chance de s’occuper de ces outils d’un autre temps. Ne dit-on pas que c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleurs produits ?

Aujourd’hui, plus de 60 % des accessoires conçus et développés par la société sont fabriqués en France, dans l’usine de Jargeau.

Aurélien Brunet

Proposer un produit made in France quand cela est possible

Et la qualité des produits, on y tient comme à la prunelle des yeux chez Zéfal. Ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui, plus de 60% des accessoires conçus et développés par la société sont fabriqués en France, dans l’usine de Jargeau. « A une époque, nous avons voulu concurrencer les produits asiatiques en délocalisant notre fabrication. Mais il faut bien reconnaître que ce fut un échec » raconte Aurélien. Cette mauvaise stratégie a obligé les deux frères, arrivés à la tête de l’entreprise en 2007, à lancer en 2009 un plan de licenciement. Un coup dur qui les amène à repenser leur stratégie. Ils décident alors de rapatrier une partie de la production en France, dès lors qu’il s’agit de produits haut de gamme. « Lors du développement et de la création de nos accessoires qui s’effectue ici à Jargeau au sein de notre bureau R&D, nous analysons toutes les options d’industrialisation afin de proposer un produit made in France quand cela est possible » dit Matthieu. Et en 2017, ils remportent leur pari en relocalisant la production de la pompe à pied Profil Max FP60 dans l’usine de Jargeau. Cette pompe à pied, 100% française, se reconnaît à son style résolument vintage avec sa poignée en bois issu des forêts du Jura. Outre le bois, l’aluminium qui sert au corps de la pompe est acheté et coupé chez un fabricant européen. Ensuite, c’est dans les ateliers de Jargeau que s’effectuent les tâches de crantage, marquage et assemblage manuel assisté. Quatre personnes, qui changent toutes les heures de poste, s’occupent de l’assemblage de cet article pour en sortir jusqu’à 350 par jour.

La volonté d’une qualité irréprochable

Pour s’assurer de la qualité des produits, il existe tout au long des chaînes de production, des contrôles
qualité aléatoires comme pour la production des bidons par exemple. Régulièrement, une opératrice prélève un échantillon pour vérifier la conformité avec le cahier des charges : poids, diamètre d’ouverture
interne et externe, étanchéité… rien n’est laissé au hasard. Il en va de même en ce qui concerne la sérigraphie de ces derniers, réalisée elle aussi sur place en fonction des commandes. Il est important de s’assurer du bon emplacement du motif, du respect des couleurs… Les pompes sont quant à elles envoyées sur une machine de “torture” qui réalise 100 cycles de gonflage pour s’assurer qu’il n’y ait pas
de surchauffe. Il est important que les produits soient irréprochables pour que le consommateur accepte de payer un peu plus cher !

Une forte notoriété en Europe

Certains modèles de rétroviseurs sont également usinés sur place tout comme les bidons en polypropylène. Cette stratégie du made in France finit par porter ses fruits. En 2021, la société Zéfal réalisait un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. 80% de ce chiffre d’affaires est réalisé sur le marché européen avec une très belle intégration en Espagne et en Allemagne. La société est également bien présente au Canada, mais peine encore à se faire une place aux Etats-Unis. Mais il n’est pas question pour les deux dirigeants, cinquième génération à la tête de l’entreprise Zéfal, de s’endormir sur leurs lauriers. Il faut rester prudent quant à l’avenir, la hausse du coût des matières premières et de l’énergie risquant de mettre à mal cette bonne santé retrouvée.

De la Loire à Vélo à Zéfal

Située à Jargeau à proximité des rives de la Loire, l’entreprise Zéfal n’est qu’à quelques mètres de l’itinéraire de la Loire à Vélo. Quoi de plus naturel alors pour cette entreprise spécialisée dans la conception et fabrication de produits vélo d’ambitionner d’attirer à elle tous les passionnés de la Petite Reine qui passent devant ses murs durant la belle saison. Aurélien aimerait bien dans les mois à venir mettre en place un partenariat avec la Loire à Vélo en proposant des visites de l’entreprise aux cyclistes qui empruntent l’itinéraire. Une idée des plus intéressantes car il est toujours bon de savoir comment sont fabriqués les produits que nous utilisons lorsque nous sommes à vélo.

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