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Kiffy, le savoir-faire stéphanois

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Destination Saint-Etienne Châteaucreux en région Auvergne-Rhône-Alpes, berceau de la célèbre manufacture française d’Armes et Cycles (Manufrance), où se situe l’entreprise Kiffy qui propose depuis 2010 des vélos cargos.

La région stéphanoise a vécu les grandes heures du cycles français avant de laisser partir tout son savoir-faire en Asie. C’est ici, en 1886, que fut créée la première bicyclette française. Très vite, le maillage du tissu industriel de la région favorise le développement de cette industrie qui trouve ici de très nombreux savoir-faire. Mais à la fin des années 70, la production française de cycles est en déclin. La concurrence mondiale a raison des gros faiseurs de la région et l’industrie du cycle devient anecdotique. Le tissu industriel de la région évolue alors mais perdure. Si, les grands groupes disparaissent, il reste néanmoins un maillage dense de petits établissements toujours tournés vers le travail de la matière et riches de leur passé industriel dans le monde du vélo. Une histoire révolue à tout jamais ? Rien n’est moins sûr…

Un vélo récompensé par l’Etoile du design 2016

Nous sommes à Saint-Cyprien dans les locaux ITI Industries. Ce nom ne vous dit rien dans l’univers du cycle ? Normal. L’entreprise dirigée par Christophe Rosenstiel est tournée vers le décolletage, l’usinage-fraisage, la chaudronnerie et la tôlerie fine. Pourtant, depuis 2010, l’industriel a un pied dans l’industrie du cycle, même si la marque Kiffy n’existe officiellement que depuis 2015. Mais, jusqu’à maintenant, la marque stéphanoise avait plutôt une aura confidentielle.

Produit originel de la marque Kiffy, ce triporteur capable d’emporter jusqu’à 50 kilos de charge n’a pas su séduire le grand public. Trop précurseur ?

Il faut dire que le premier produit sorti en 2015, après 5 ans de réflexion, et de travail en collaboration avec Patrick Jouffret, designer pour l’agence 360, a eu du mal à trouver son public en France. Pourtant, ce tricycle, cargo léger, avait largement de quoi séduire avec ses deux roues sur l’avant équipées d’un système à parallélogramme déformable et d’une plaque portative permettant de transporter jusqu’à 50 kilos de charge. Le marché était alors trop jeune pour ce type de produit ? Peut-être. Néanmoins, depuis 2015, date officielle de la création de la marque Kiffy et de la maison mère Easy Design Technology, ce sont entre 100 et 150 vélos par an qui sont vendus principalement à l’étranger mais aussi auprès de municipalités dans l’Hexagone. « Autant dire que nous n’avons jamais gagné d’argent avec ce vélo qui a pourtant été récompensé par l’Etoile du design 2016 accordée par l’Observeur du design » précise Christophe Rosenstiel.

Fabriqué en France, oui mais encore ?

Chez Kiffy, le fabriqué en France ce n’est pas que des mots. Plus de 80% des composants et de la production sont entièrement réalisés en France. Ainsi, en plus de l’assemblage réalisé à 5 minutes en voiture de locaux de ITI Industries, l’entreprise produit également les éléments suivants intégralement en Auvergne Rhône-Alpes :

  • Cadre en aluminium soudé à la main
  • Panier avant
  • Potence ajustable en hauteur
  • Béquille double
  • Accessoires pour transporter les enfants
    (repose-pieds et barres de sécurité)
  • Par ailleurs, jantes, garde-boues, plateau
    et pare jupes sont le fait de différents
    partenaires installés eux aussi en France.

La magie du made in France

Mais l’entrepreneur n’entend pas se laisser abattre. Il embauche même deux nouvelles personnes pour se concentrer sur le développement du produit. Mais très vite, Aurélien et Thibaud s’entendent pour travailler sur un nouveau projet. En un mois (oui, vous ne rêvez pas !!) ils développent un nouveau vélo, leur vision du longtail. De la conception au premier prototype, il leur a fallu 30 jours (mais de très nombreuses heures de travail) pour présenter, un beau jour de septembre, leur produit à leur patron. Comment est-ce possible ? La magie du made in France pardi ! Pour donner forme à ce projet, ils ont pu s’appuyer sur le savoir-faire local confiant le travail des tubes, le pointage et la soudure à la Chaudronnerie Fine de la Loire de Patrice Faivre-Duboz, un ami de Christophe et investisseur dans le projet Kiffy. C’est ainsi qu’est né le Capsule, le premier longtail de la marque Kiffy.

De belles améliorations et un label

Nous sommes alors en septembre 2019 et, vous l’aurez compris, le projet a vite du plomb dans l’aile avec la crise sanitaire. « Ce fut un coup dur, certes, mais cela nous a permis de bien peaufiner notre vélo, de sourcer les meilleurs composants, d’améliorer les éléments du cadre qui ne donnaient pas entière satisfaction » raconte Christophe Rosenstiel. « Il suffisait alors d’entrer de nouvelles cotes dans les machines de la CFL pour découvrir en quelques instants la nouvelle pièce, la toucher, l’observer sous toutes ses coutures, poursuit Aurélien, le designer du produit, une chose impossible lorsqu’on fabrique à l’étranger. » Ils ont ainsi conçu leur propre béquille centrale, une potence réglable en hauteur, modifié la structure du porte-bagages, augmenté la section de certains tubes pour gagner en rigidité… Des évolutions d’autant plus faciles que tout est fait en France, exception faite de la matière première, l’aluminium, en provenance de différents pays d’Europe. Mais après, l’usinage des tubes, le pliage, les soudures, tout est fait dans la région. Pour les périphériques, ils travaillent avec une dizaine de fournisseurs sur le bassin parmi lesquels on trouve Stronglight, “un voisin”, mais aussi Mach1 dans la Loire pour les jantes… D’ailleurs la marque a reçu le label Vélo Français par les douanes.

Cadre bas, centre de gravité descendu, le vélo cargo Capsule de chez Kiffy est parfaitement adapté aux besoins quotidiens des familles nombreuses

Un assemblage chez Cycles Services Loire

Une fois le cadre soudé, il est envoyé à la peinture dans une usine voisine. Ils utilisent une peinture en poudre beaucoup plus rapide à sécher puis les cadres vont à l’assemblage soit dans les locaux même de chez ITI Industries soit à cinq minutes de là à pied, chez Cycles Services Loire, un atelier né sur les cendres de Cycles France Loire qui jusqu’en 2020, assemblait des vélos pour le compte de la société Lapierre. Aujourd’hui, l’atelier assemble des vélos pour Kiffy, mais aussi Ymagine, Starway et Jean Fourche. Les vélos Capsules étant trop longs pour la chaîne de montage, ils sont assemblés sur pied, tête à l’envers, pour avoir un bon accès à la motorisation. « Il faut compter environ trois heures pour un assemblage du Capsule » nous confirme Aurélien. Chaque vélo subit ensuite un contrôle qualité, avant d’être mis en carton.

Les vélos sont montés à la main et contrôlés un par un avant la mise en carton

Un marché en pleine expansion

Ce vélo fabriqué en France et cet état d’esprit ont su séduire les magasins qui, en juillet 2021, n’ont pas hésité à passer commande de vélos à l’occasion du salon des Prodays. « Nous sommes ressortis de là avec 700 commandes du Capsule » raconte Christophe Rosenstiel qui ne s’attendait pas à pareille fête. « Pour être à l’équilibre et commencer à gagner de l’argent, nous devons vendre 1300 vélos » poursuit le patron de l’entreprise. Un objectif qui ne devrait pas être insurmontable avec le bon développement du réseau commercial de la marque qui compte à date à peu près 230 magasins en France et en Europe, et la prise de commande actuelle à hauteur de plus de 1200 vélos, à condition toutefois que la crise sanitaire cesse de perturber le bon fonctionnement des chaînes de production. « Nous sommes sur un marché en pleine expansion, explique Christophe Rosenstiel, et nous avons clairement une carte à jouer. Mais il est vrai que pour aller plus vite, augmenter la production, il serait bon d’avoir des entrées de fonds via des entrepreneurs désireux de s’investir dans la mobilité. » Un appel du pied de l’entrepreneur d’autant plus pressant que de nouveaux projets de vélos sont d’ores et déjà dans les cartons. Car chez Kiffy, on entend bien jouer à fond la carte du vélo cargo en proposant des modèles adaptés à tous les besoins.

Pour développer la gamme Christophe Rosenstiel (à gauche) aimerait s’allier à des entrepreneurs désireux de s’investir dans la mobilité.

POURQUOI KIFFY ?
Pas toujours facile de trouver un nom pour une marque, le nom Kiffy en est la preuve. Alors qu’il cherchait un nom pour son nouveau tricycle à direction pendulaire, Norbert Peytour entend un de ses enfants dire que ce vélo est kiffant… Et voilà comment est née la marque ! Mais l’improvisation peut parfois entraîner des répercussions étonnantes. A l’occasion de leur première participation au salon Eurobike, les responsables de la société voyaient étonnés tous les Allemands passer devant leur stand en rigolant, et pour cause : renseignement pris, ils ont réalisé qu’en allemand le terme Kiffy faisait référence au cannabis. Mais cela leur a valu une très bonne cote de sympathie !

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